Des Façades

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Un mur en parpaing et quelques métaphores.

Béton cellulaire. 200 x 400 cm. 2016

Naturellement installé pour faire frontière et définir deux espaces distincts, le mur est considéré dans cette œuvre comme une entité à part entière. Il s’agit d’un mur en parpaing cellumat, composé de blocs en béton cellulaire. C’est en un sens du «  faux parpaing  ». À partir de cette matière, je peux modifier la logique du mur, m’attaquer à sa structure, découper  les parpaings et imaginer sa reconstruction autrement. La question du «  fake  »  est posée dès le départ ; c’est un «  faire semblant  » de mur. La stratégie mise en place trompe la platitude imposée par le mur pour prétendre au rêve d’une perspective possible. Ainsi, la diminution de la taille des parpaings semble se propager sur sa surface comme un virus ou une boucle infinie, comme un erreur programmatique générant un résultat non attendu. Il s’agit de questionner l’ordre urbain et social qu’impose le mur, de l’attaquer dans sa structure et dans sa logique pour faire de lui non pas un bloc massif et solide, mais le support d’un trompe l’œil.

Ce retournement optimiste de l’espace du mur entraîne malgré tout une part d’ambiguïté. La  «  géométrie inversée  », tactique utilisée par l’armée israélienne lors de l’occupation des villes de Palestine en 2002,(1) a déjà questionné l’idée du mur comme élément statique et impénétrable, mais pas vraiment au service du rêve. Si le mur n’est plus considéré comme une frontière solide, il peut être traversé à tout moment, les soldats peuvent passer de maison en maison ou surveiller à travers les murs grâce aux caméras infrarouges de surveillance thermique. Le mur n’est plus un élément de protection mais un outil recto-verso au service du pouvoir  ; non seulement on peut le traverser à tout moment de l’extérieur vers l’intérieur, mais il protège également l’attaquant d’une éventuelle surveillance pratiquée de l’intérieur. Il est à tour de rôle perméable et imperméable mais jamais réversible.

Si l’on pose la question du mur comme l’espace non pas d’une contrainte mais d’une ouverture, une double lecture, qui mêle le concret et l’imaginaire, devient possible. Je cherche à relever cette ambiguïté inhérente aux murs. Ils séparent, enferment, protègent et structurent non pas seulement les espaces publiques ou privés, mais également les systèmes de hiérarchie imposés par les pouvoirs en place.

(1). Voir Eyal Weizman, À travers les murs: L’architecture de la nouvelle guerre urbaine, Éditions La Fabrique. 2008

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BROKEN 1, 2 et 3 • Découpe laser sur plexiglas • 560 x 720 cm • 2013

(Pour BROKEN 2 : Collection MUSAC / courtoisie du MUSAC)

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BROKEN traite de la théorie de la vitre brisée. La théorie de la vitre brisée est une théorie de criminologie qui soutient que les petites détériorations que subit l’espace public suscitent nécessairement un délabrement plus général des cadres
de vie et des situations humaines qui y sont liées.

Diego Movilla questionne avec cette oeuvre le concept d’Open Design valorisé par certains FABLABs qui militent pour la libre reproductibilité des objets à travers une mise à disposition des fichiers numériques permettant la réalisation d’un objet si l’on dispose des outils de découpe numérique adaptés. BROKEN fait aussi dialoguer la problématique sociologique de la destruction qu’implique le vandalisme sociétal des démunis et la logique vertueuse de production autonomisée pour le bien commun valorisée par une culture «hacker» libertaire mais technologiquement avancée.

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MUR • Impression numérique sur papier • 120 X 80 cm • 2010

Jeu de perspective sur la platitude impénétrable d’un mur en parpaing.

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